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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 18:23

Et c'est presque une histoire vraie !

 

Jeanne avait chaud et mal aux pieds à force de se perdre dans le labyrinthe des divers rayons de la FNAC. C’était là, avaient dit ses petits-enfants, qu’elle trouverait la totalité des cadeaux inscrits sur leur liste de Noël : BD jeunesse pour Tim, dictionnaire français-italien pour Léa, CD hard metal pour Jim et DVD des Minions pour Andy. La vieille dame avait mis son point d’honneur à se débrouiller seule. Les bras chargés de ses emplettes, alors qu’elle cherchait la direction des caisses, elle échoua par hasard près du rayon informatique. Elle fit une pause, écoutant d’une oreille distraite un vendeur vanter les performances d’un PC portable à un homme dont elle n’apercevait que le dos de l’élégant pardessus en daim. Lorsqu’il se retourna, elle tressaillit et réprima un cri de surprise : rasé de frais, manteau ouvert sur un costume gris, une chemise blanche et une cravate rayée, le Grand sec, beau comme un sou neuf, achetait un PC ! « Je rêve, c’est quelqu’un qui lui ressemble ! » Pourtant, le visage maigre, le grand nez en pique-feu... Ses doutes furent levés lorsqu’il déploya le bras droit dans un geste ample et que le vendeur, étonné mais poli, lui serra la main. Jeanne le suivit de loin, jusqu’à ce qu’il quitte le magasin avec son précieux achat. Elle passa à la caisse, si perturbée qu’elle se trompa deux fois en tapant le code de sa carte bleue. Cette rencontre la travailla longtemps. L’homme en question était un personnage bien connu dans son quartier. Tous les après-midi, il s’adossait à la façade d’un bâtiment de la rue du 11 novembre, entre une boulangerie et une boutique d’antiquaire, vrai capharnaüm où une chatte n’aurait pas trouvé ses petits. Grand et maigre comme un fil de fer, doté d’un nez en lame de couteau, vêtu quel que soit le temps d’un pantalon trop large et d’un pull-over fatigué, il tendait la main aux passants. Jeanne l’apercevait depuis la fenêtre de sa cuisine et passait régulièrement devant lui lorsqu’elle allait acheter son pain. Au début, elle lui glissait une pièce et obtenait en retour une courbette et un merci appuyé. Quand elle s’était aventurée à lui offrir un sandwich et des fruits, il avait laissé tomber le sac à terre avec dédain et fusillé Jeanne du regard. Ce qui l’avait surprise, indignée et finalement guérie de ses velléités charitables : monsieur préférait peut-être du caviar et une boîte de cigares ? On parlait parfois de l’homme chez les commerçants. On l’avait baptisé le Grand sec, on en riait un peu, mais il le cherchait bien : au lieu de s’équiper d’un gobelet comme la plupart de ceux qui faisaient la manche, il s’entêtait à tendre le bras droit largement en avant si bien que les plaisantins, le croyant un peu dérangé, lui serraient la main avec chaleur, ajoutant qui un « Comment ça va ? » qui un « Bonjour, belle journée ! » Il avait en effet disparu vers le 15 décembre et la brave Jeanne s’était réjouie qu’il ait trouvé un abri pour les fêtes. Ce qu’elle était sotte ! Ainsi, on avait affaire à un simulateur, un faux pauvre ? C’était fort de café ! Mais on ne la lui faisait pas, à elle, Jeanne Cartier. Elle garda sa découverte pour elle, ruminant une vengeance au cas où le gredin referait surface. Le Grand sec retrouva son mur courant janvier, en pull et pantalon trop large. Sortant de chez le boulanger, Jeanne déposa dans sa main tendue une clé USB en lui murmurant à l’oreille : « Pour votre PC portable, ça vous sera utile ! »

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Published by danielle - dans mes textes
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