Elle se souvient des jours heureux où ils partaient en vacances avec les petites, folles de joie à l’idée de retrouver la mer, la plage de sable chaud, les trempettes avec papa parce que maman avait toujours très peur de l’eau, les promenades le soir jusqu’au parc d’attraction où l’aînée dévorait sa barbe à papa et la petite sa glace à la fraise... et elle pleure.
Elle se souvient des jours heureux, où elle partait en vacances avec ses filles adolescentes – papa travaillait en été – de leurs fous rires parce que maman qui n’a aucun sens de l’orientation partait régulièrement dans la direction opposée à leur but, de leurs découvertes émerveillées, Annecy son lac et ses montagnes, Avignon et son Palais des papes, Nice, Aix-en Provence et leurs excursions dans les alentours, Strasbourg sa cathédrale et son folklore, Les Sables d’Olonne et l’arrière-pays vendéen... et elle pleure.
Elle se souvient de ces deux années où, en couple, ils ont voyagé, modestement mais pour retrouver des lieux qui leur étaient chers : Paris auprès des filles, Marseille, surtout Montpellier, la ville de leurs rêves pour laquelle ils partagent le même amour des parcs, des vieux quartiers, des environs, une nouvelle lune de miel... et elle pleure.
Elle se souvient de cette maladie insidieuse qui a frappé, brutalement, assortie d’un traitement contraignant qui le prive, lui, de toute possibilité de s’échapper, même pour un week-end : trop de contraintes, trop de fatigue. Et pour elle, trop de soucis, trop de culpabilité à l’idée de le laisser seul... et elle pleure.
Elle pleure quand il est absent parce qu’il aurait trop de peine de la voir pleurer. Elle pleure pour évacuer son trop-plein de frustration, de tristesse, de solitude lorsque tout le monde claironne : « Bonnes vacances !" et que pour elle la vie semble s’engluer dans une routine qui la détruit à petit feu.
Elle se souvient qu’il y aura tout de même de bons moments : les visites, trop courtes, des filles, du petit lutin de 9 ans qui amènera le soleil dans la maison... et elle ne pleure plus. Elle se promet de reprendre sa plume pour se noyer dans les mots, les images, laisser parler son petit grain de folie.