Lundi 23 avril 2012 1 23 /04 /Avr /2012 12:38

 

 

Ces trois textes ont été publiés sur le blog du café littéraire Calipso dans le cadre des Cent jours. J’ai pris énormément de plaisir à les écrire. Entre les deux tours, je fais… relâche !

 

Texte 1 : Un chanteur sans vergogne… et sans voix a plagié le célèbre succès de Marie-Paule Belle : Je ne suis pas Parisienne

 

Candidat. Pas candidat ?

 

Lorsque je suis arrivé en l’an 2007

J’avais farci de promesses toutes vos  têtes

Non je ne buvais pas, je ne me droguais pas

Et je n’avais aucun scrupule

À vous monter l’bourrichon, bande de nuls !

 

Je ne suis qu’un grand menteur

J’ai pas peur j’ai pas peur

J’pratiqu’ l’art du boniment

J’suis content, j’suis content

J’ai tout foiré, tout loupé

J’en suis pas désolé

J’avais promis du travail

Les entreprises se taillent

Je ne suis qu’un grand hâbleur

En tout lieu et à toute heure

Liberté égalité

C’est pas ma tasse de thé

J’ai fait payer les petits

Ménagé les nantis

Je ne suis pas solidaire

La misère ça m’indiffère.

Ça m’indiffère ça m’indiffère

 

Cela va faire plusieurs mois que j’vous bourre le mou

Que je fais mon tour de France, que je file doux

Je ne bois toujours pas, je ne me drogue pas

Et ne me sens pas honteux

De vous ressortir tous mes plans foireux.

 

Je ne suis pas candidat

Candidat, candidat

Non, non pas pour le moment

On verra en son temps !

Je vous ressers mes bobards

Je me marre je me marre

Pour réussir mes desseins

Je m’en vais serrer des mains

J’fais mon show à la télé

La télé, la télé

Les étrangers, j’les aim’pas

Et même pas les Hongrois

N’empêche que l’Elysée

Ça m’ fait toujours rêver

Et ma chère épouse itou

Elle aussi y a pris goût

Y a pris goût y a pris goût

 

Ben oui, j’y pens’ le matin tout en me rasant

J’me dis qu’ces premiers cinq ans sont encourageants

Puisque j’ai tenu le coup et vous ai grugés

Et ai le goût du pouvoir

Sur le trône je ferais tout pour m’rasseoir.

 

Oui je serai candidat

Candidat, candidat

J’ai l’obsession de l’argent

C’est super motivant !

Je recommence mes promesses

Ma grand-messe, ma grand-messe

L’Europ’j’feins de gouverner

Sur mes talonnettes’perché

Je courtis’la grosse Angie

Stratégie stratégie

J’encens’ le modèle teuton

Il est bon, superbon

J e réfrène mes colères

Faut le faire, faut le faire

Je suis devenu posé

C’est pour mieux vous entuber.

Oui je serai candidat

Candidat candidat

Je vous sors de ma sacoche

Des mesures nouvelle fantoches

Ma chanteuse m’aiguillonne

Me sermonne me sermonne

Si ces élections je rate

Elle se ca se carapate !

Si ces élections je rate

Elle se ca se carapate !

Alors j’vais me démener

Pour battre le Hollandais

Hollandais, Hollandais Hollandais!

 

 

Texte2 :

Une histoire d’amour…

 

Dans son luxueux bureau, un homme de petite taille, long nez, costume et cravate sombres, lit une missive parfumée, sur papier rose bonbon.

Mein liebchen !

Déjà je me languis de toi. Si j’avais pu me douter que les choses évolueraient ainsi entre nous… Nous partageons la même vision du monde, de l’Europe, nous sommes économiquement et politiquement  sur la même longueur d’onde et voilà que maintenant nous avons tellement plus à partager… Des moments inoubliables, gut, so gut, trop courts hélas ! Des instants volés entre deux réunions, deux visites officielles. Quand passerons-nous une nuit entière ensemble, liebchen? C’est si bon de te serrer contre moi, de te sentir fragile, abandonné entre mes bras, mein Kind !  Et toi, je le sais, je le sens, tu aimes mes rondeurs qui te rassurent, tu te réchauffes à mes bourrelets, à mon arrière-train confortable. Tu es si fatigué, tu t’épuises en voyages, en passages à la télévision. Moi seule sais te relaxer, éclairer ton visage d’un sourire.

Nous sommes très forts chez nous en matière d’apprentissage, tu le clames toi-même si souvent. Je te l’ai prouvé : je t’ai fait découvrir des caresses coquines, et j’en ai encore plein d’autres à t’apprendre. J’attends notre prochaine rencontre avec impatience. N’oublie pas de faire ta provision de préservatifs taille S : chez nous, les hommes sont costauds, il leur faut du L ou du XL. Toi, ton vermicelle s’y perd !

Je t’avais promis mon soutien. Désormais, ce sont mon soutien et mon amour en prime qui te sont inconditionnellement acquis. Reviens-moi vite, mein schöner französiche zwerg ? Mon corps te réclame.

Ton Ange

 

Fureur du petit homme qui soliloque et s’agite dans tous les sens.

Non mais ça va pas, la Teutonne ! D’accord, j’ai fait un effort pour que l’Allemagne soit à mes côtés dans ma campagne, j’ai payé de ma personne, mais c’était pas prévu que la vieille tombe amoureuse de moi. Et qu’elle m’écrive des cochonneries par-dessus le marché ! Elle y a pensé, la bouffie, que sa lettre pourrait être communiquée à la presse, diffusée sur internet. Elle est sûre de sa traductrice ? Les gens sont tellement animés de mauvaises intentions à mon égard. Je me demande bien pourquoi d’ailleurs ! J’en suis pas à un mensonge près, mais là, sincèrement, je saurais pas quoi inventer pour démentir la rumeur. Je vais dépêcher mon pote Claude chez la Lorelei –enfin, Lorelei, laissez-moi rire –: diplomate, mon Claude, toujours la bonne phrase en tous lieux en toutes circonstances, il saura prendre ses gueants pour inviter le bibendum à plus de discrétion.

Faut voir ce qu’elle m’écrit ! Que j’apprécie ses rondeurs ? Bon sang, j’en perds le souffle quand elle s’allonge sur moi, j’ai l’impression de passer sous un rouleau compresseur ! Je suis obligé de me murmurer mentalement « Allons enfants de la patrie » pour me donner du courage. Quant à ses recettes coquines, laissez-moi rire une fois de plus ! Un quart d’heure de câlin avec elle, ça vaut une passe rapide à deux euros, et encore…

Pour ce qui est du vermicelle, là, je suis furax ! J’ai eu trois femmes, légitimes, sans parler des quelques autres qui m’ont offert leurs charmes. Jamais une seule plainte sur cette partie de mon anatomie. Je ne suis pas grand, d’accord, les talonnettes y remédient. La Teutonne va pas me coller un autre complexe, sans remède, celui-là ? Me voilà embarqué dans une fichue histoire. Vivement avril ! Je tiendrai jusque-là... pour la France ! Mais dès que je serai réélu, la patate chaude, je lui dis : « Casse-toi, pauvre conne ! »

 

Texte3 :

Par tous les saints…

 

Le Roi est furieux. Pas tellement à cause de quelques grands seigneurs de ses provinces qui intriguent pour le détrôner. Ceux-là, il pense pouvoir en faire son affaire. Non, ce qui provoque son ire, c’est un empêcheur de tourner en rond, un grand manipulateur de la populace qu’il ne sait comment museler. Et pour cause ! Jugez donc.

Ces ouvriers qui veulent gagner plus, qui font valoir que leur tâche est pénible et revendiquent le droit de se reposer avant que la Camarde les rattrape, par exemple ? (Est-ce qu’il se repose, lui ?) Qui leur souffle ces idées saugrenues ? Le croirez-vous ? Saint-Dicat !

Ces autres qui se gaussent de ses promesses quand il leur assure qu’il fera tout pour préserver leur outil de travail ? Qui les inspire ? Saint Dicat !

Sans parler de ceux qui ont plaisir à ne rien faire tout en ouvrant la bouche pour recevoir la becquée et qui prennent la mouche quand il veut leur imposer quelques heures de labeur… Encore un coup de  Saint-Dicat !

Et tout ce monde-là envahit les rues en brandissant des pancartes qui, le moins qu’on puisse dire, ne sont ni aimables ni respectueuses pour lui. La faute à qui ? A Saint Dicat !

Pire ! On entend dans les campagnes mugir ces féroces paysans. Ils viennent même jusque dans les cités accompagnés de leurs vaches et cochons, agitant eux-aussi leurs méchantes banderoles. Qui les pousse, les encourage ? Saint-Dicat.

Foutu Saint-Dicat qui se met sans cesse en travers de son chemin, à lui, plutôt adorateur de Saint-Ducat.

Les autres ne lui posent pas de problème, pourtant. Au palais, le Roi a sa Sainte Nitouche, qui l’adore et le bichonne. Saint-Claude, nom d’une pipe, Saint-Alain, Sainte-Maurizette sont très coopératifs. Même la petite Bernadette de Lourdes est sortie de sa grotte pour l’assurer de son entière soumission. Mais le meilleur c’est encore Saint-Cop.

Le roi fait le voyage jusqu’à Rome dans son carrosse volant. Peine perdue. Sa Sainteté ne peut, ne veut rien faire. Elle l’exhorte à prier, très humblement.

Au retour, ravalant sa vanité, Sire le Roi s’agenouille, en chemise, les mains jointes et répète sa supplique :

« Mon Dieu, je vous en supplie, ayez pitié de votre serviteur. Par pitié, virez-Saint-Dicat du calendrier. »

Au vingtième couplet, un coup de tonnerre retentit, puis une voix s’élève : « Ce sera fait, mon fils… » Un second coup de tonnerre couvre la fin de la phrase… «  à la Saint-Glinglin. »

 

 

 

Par danielle - Publié dans : Quelques textes de mon cru
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Mardi 27 mars 2012 2 27 /03 /Mars /2012 13:55

Il faut bien rire un peu en cette période de campagne électorale!

 

 

Dans son luxueux bureau, un homme de petite taille, long nez, costume et cravate sombres, lit une missive parfumée, sur papier rose bonbon.

 

Mein liebchen !

 

Déjà je me languis de toi. Si j’avais pu me douter que les choses évolueraient ainsi entre nous… Nous partageons la même vision du monde, de l’Europe, nous sommes économiquement et politiquement  sur la même longueur d’onde et voilà que maintenant nous avons tellement plus à partager… Des moments inoubliables, gut, so gut, trop courts hélas ! Des instants volés entre deux réunions, deux visites officielles. Quand passerons-nous une nuit entière ensemble, liebchen? C’est si bon de te serrer contre moi, de te sentir fragile, abandonné entre mes bras, mein Kind !  Et toi, je le sais, je le sens, tu aimes mes rondeurs qui te rassurent, tu te réchauffes à mes bourrelets, à mon arrière-train confortable. Tu es si fatigué, tu t’épuises en voyages, en passages à la télévision. Moi seule sais te relaxer, éclairer ton visage d’un sourire.

Nous sommes très forts chez nous en matière d’apprentissage, tu le clames toi-même si souvent. Je te l’ai prouvé : je t’ai fait découvrir des caresses coquines, et j’en ai encore plein d’autres à t’apprendre. J’attends notre prochaine rencontre avec impatience. N’oublie pas de faire ta provision de préservatifs taille S : chez nous, les hommes sont costauds, il leur faut du L ou du XL. Toi, ton vermicelle s’y perd !

Je t’avais promis mon soutien. Désormais, ce sont mon soutien et mon amour en prime qui te sont inconditionnellement acquis. Reviens-moi vite, mein schöner französiche zwerg ? Mon corps te réclame.

Ton Ange

 

Fureur du petit homme qui soliloque et s’agite dans tous les sens.

 

Non mais ça va pas, la Teutonne ! D’accord, j’ai fait un effort pour que l’Allemagne soit à mes côtés dans ma campagne, j’ai payé de ma personne, mais c’était pas prévu que la vieille tombe amoureuse de moi. Et qu’elle m’écrive des cochonneries par-dessus le marché ! Elle y a pensé, la bouffie, que sa lettre pourrait être communiquée à la presse, diffusée sur internet. Elle est sûre de sa traductrice ? Les gens sont tellement animés de mauvaises intentions à mon égard. Je me demande bien pourquoi d’ailleurs ! J’en suis pas à un mensonge près, mais là, sincèrement, je saurais pas quoi inventer pour démentir la rumeur. Je vais dépêcher mon pote Claude chez la Lorelei –enfin, Lorelei, laissez-moi rire –: diplomate, mon Claude, toujours la bonne phrase en tous lieux en toutes circonstances, il saura inviter le bibendum à plus de discrétion.

Faut voir ce qu’elle m’écrit ! Que j’apprécie ses rondeurs ? Bon sang, j’en perds le souffle quand elle s’allonge sur moi, j’ai l’impression de passer sous un rouleau compresseur ! Je suis obligé de me murmurer mentalement « Allons enfants de la patrie » pour me donner du courage. Quant à ses recettes coquines, laissez-moi rire une fois de plus ! Un quart d’heure de câlin avec elle, ça vaut une passe rapide à deux euros, et encore…

Pour ce qui est du vermicelle, là, je suis furax ! J’ai eu trois femmes, légitimes, sans parler des quelques autres qui m’ont offert leurs charmes. Jamais une seule plainte sur cette partie de mon anatomie. Je ne suis pas grand, d’accord, les talonnettes y remédient. La Teutonne va pas me coller un autre complexe, sans remède, celui-là ? Me voilà embarqué dans une fichue histoire. Vivement avril ! Je tiendrai jusque-là... pour la France ! Mais dès que je serai réélu, la patate chaude, je lui dis : « Casse-toi, pauvre conne ! »

Par danielle - Publié dans : Articles
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Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 12:12

Un petit texte qui m'est venu après la lecture de "Les jours fragiles" de Philippe Besson, que je recommande aux amateurs de Rimbaud.

 


Après son retour de Marseille avec la dépouille de son frère, après l’enterrement en toute intimité  –, j’en avais décidé ainsi – force me fut de constater qu’Isabelle avait  changé. Il ne restait plus trace de la fille timide et malléable d’autrefois. En dehors de ses crises de larmes –je n’ai pas de temps à perdre pour pleurer – elle me manifestait une distance, une assurance inhabituelles. Son chagrin ne pouvait être seul en cause. Je la surpris un matin dans sa chambre, plongée dans la lecture d’un livret à reliure rouge qu’elle ferma prestement et pressa contre sa poitrine lorsque je lui demandai une explication. Son journal intime, répondit-elle d’un ton sec, dans lequel elle avait consigné jour par jour les détails de la triste existence d’Arthur depuis son retour d’Afrique. Je ne pus réprimer un sursaut d’agacement. Elle serra de plus belle le livre contre elle comme pour le protéger.

Depuis ce jour, un sentiment désagréable s’est emparé de moi. Je sais qu’Isabelle cachera désormais soigneusement son précieux récit. Pourquoi ai-je soudain peur de ce qu’elle a pu coucher sur le papier ? J’ai eu mon compte de souffrances : délaissée par un mari qui me fit quatre enfants, contrainte à de durs labeurs pour les élever, j’étais en droit d’attendre quelques satisfactions de leur part. Triste coup du sort, Dieu m’enleva Vitalie, ma fille chérie. Ai-je trop affiché ma douleur, ma préférence pour elle et blessé les autres ? Mon aîné Frédéric s’est mésallié et je l’ai renié. Me serais-je montrée trop dure ? Quant à Arthur, fallait-il que je pardonne ses frasques, ses fugues dés l’âge de seize ans ? Était-ce pour me fuir qu’il éprouvait constamment le besoin de s’en aller de plus en plus loin, au péril de sa vie ? Aurais-je dû fermer les yeux sur son éloignement de la religion, ses mœurs dissolues qui me couvraient de honte ? Je l’ai pourtant accueilli sous mon toit chaque fois qu’il revenait, malade,  blessé, démoralisé. Hébergé plutôt : c’était trop exiger que de faire bonne figure à ce garçon fantasque, un temps poète, un temps grand voyageur et commerçant. Il se livrait si peu. M’incombait-il de le choyer, les derniers temps, lorsque sa jambe amputée requérait des soins constants et qu’il souffrait le martyre ? C’était au-dessus de mes forces et j’avais de l’ouvrage. Isabelle se dévouait à lui corps et âme. Étais-je jalouse du lien si fort qui unissait ma pieuse fille à ce gredin pourri de vices ? Ce gredin qui était néanmoins mon fils. Se peut-il qu’Isabelle m’en veuille de ne pas lui avoir adressé de missives réconfortantes, comme elle m’en priait alors qu’elle veillait sur lui, mourant, à l’hôpital de la Conception ? N’avais-je pas fait ma part en restant auprès de lui un long mois lorsqu’il avait débarqué à Marseille bien mal en point. Je dois me rendre à l’évidence : ce sentiment désagréable qui me met mal à l’aise a pour nom  culpabilité. 

Je le lis dans le regard dur, le visage figé de ma fille. Je suis coupable de ne pas avoir su aimer mes enfants, de m’être enfermée dans un carcan réfrénant toute manifestation d’affection. Ma terrible punition, c’est la présence muette d’Isabelle, son attitude qui semble presque me reprocher la mort d’Arthur. C’est ce livre rouge bien caché, mon acte d’accusation.

 

 

Par danielle - Publié dans : Quelques textes de mon cru
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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 15:53

Une autre histoire de têtes, concoctée pour un jeu d'écriture. jamais deux sans trois?

 

 




La Fouine

Le rédacteur en chef du magazine NOIR C’EST NOIR vit rouge en découvrant la Une du canard concurrent, TOP DU CRIME. Il convoqua illico son meilleur scribouillard et pointa un doigt accusateur sur le titre incriminé : ON A TROUVÉ UN CADAVRE DANS LA TAMISE. CHOSE ASSEZ FRÉQUENTE. MAIS CELUI-CI EST POURVU DE DEUX TÊTES.
« Pourquoi eux sont au courant et pas nous ? OK, à part le gros titre, ça va pas plus loin que « Investigations en cours, police et scientifiques en émoi… » Ils appâtent le chaland, leur prochain numéro risque de faire un tabac. File à Londres, enquête, fouille tout ton saoul. Faut damner le pion à TOP DU CRIME !
Si le principal souci du boss était de faire du fric, La Fouine, lui, tête aussi bien faite que bien pleine, auteur de polars en mal d’éditeur, était tout autant, voire plus, motivé par l’amour du travail soigné que par la nécessité de gagner sa croûte. Ce fait-divers le laissait perplexe. Sans bras, sans jambes, sans tête, du déjà vu. Il était de notoriété publique que les habitants de la pluvieuse Albion ne faisaient jamais rien comme les autres, mais là, vraiment, deux têtes… .Toutefois, avant de sauter dans un avion, il examina sérieusement diverses hypothèses.
Une anomalie de naissance, une femme enceinte qui aurait avalé des saletés, se serait trouvée à proximité d’un nuage toxique  et aurait mis au monde un être anormal soigneusement caché pendant des années? Il lui revint aussi en mémoire un article de Wikipedia sur les dérodymes monosomiens. Ça pouvait coller avec l’affaire. Mais pourquoi éliminer le monstre à l’âge adulte ? Et d’ailleurs, meurtre ou suicide ?
L’œuvre d’un savant fou, s’étant livré en secret à d’abominables expériences à la manière des Nazis pendant la dernière guerre ? L’idée lui fit froid dans le dos.
Une greffe ? On avait accompli des progrès énormes en la matière. Un chirurgien britannique aurait-il tenté une greffe de tête qui aurait mal tourné ? Pas réussi à ôter l’ancienne, l’amochée ? Si un greffé du rein peut vivre sans problème avec trois ou quatre de ces organes, on imagine mal un greffé de la tête se baladant avec pléthore de caboches.
Bizarre, très bizarre…La Fouine conclut qu’à force d’élucubrer à propos de ce refroidi à deux têtes, il allait finir par y perdre la sienne. Il reprit donc sa réflexion à zéro. Aucun autre journal ne s’étant fait l’écho de l’histoire, le plus simple était d’interroger son collègue de TOP DU CRIME. Après avoir copieusement flirté avec les vignes du seigneur, Ducep dévoila sa source sans difficulté. En escapade à Londres le week-end précédent, à court d’idées pour son article du mardi, il avait acheté l’équivalent british de son torchon, espérant y dénicher un tuyau. Son fils Jojo, brillantissime élève de 4ème, s’était chargé de la traduction. Ducep remit à La Fouine la page 5 où le gamin avait pioché l’info croustillante. A BEHEADED*CORPSE DISCOVERED IN THE RIVER THAMES.   Un macchabée bitêtes, p’pa, genial, non ? »
La Fouine paya une dernière tournée et fila. Le mardi suivant, NOIR C’EST NOIR battit tous les records de vente avec sa Une : « L’ANGLAIS TEL QU’ON LE COMPREND À TOP DU CRIME OU L’ART DE GRUGER SON LECTORAT ! »
La Fouine empocha une prime royale et obtint le poste de rédacteur en chef sans pour cela prendre la grosse tête !

*décapité

Par danielle - Publié dans : Quelques textes de mon cru
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 19:43



"Tu viens dîner à la maison samedi soir. Jacques a invité des gens super intéressants, des têtes. Tu seras à ton affaire. À samedi, Margot chérie !"
Elle a déjà raccroché. Je ne sais pas dire non à ma cousine. Depuis notre enfance, en dépit de nos caractères, de nos goûts si différents, nous nous considérons comme deux sœurs. Pour moi, elle est la sœur aînée que je n’ai pas eue, protectrice, un peu trop même depuis que mes parents ne sont plus là. Elle est très fière des études que je fais, elle qui a choisi de tout plaquer avant le baccalauréat pour convoler bourgeoisement. Si seulement elle ne s’obstinait pas à vouloir me caser…
Des têtes ? Je m’étonne. En général, chez les Roland, on parle boutiques de luxe, hôtels trois étoiles, voyages à l’étranger.
Je me pointe avec ma dégaine habituelle, sans maquillage, queue de cheval, nature. Anne m’entraîne dans sa chambre et me convainc gentiment de troquer mon jean et mon tee-shirt contre une petite robe noire qui me va à merveille dit-elle, mieux qu’à elle. Il me faut aussi abandonner mes ballerines et chausser une paire d’escarpins.

Juchée sur mes échasses, je fais enfin mon entrée au salon où elle me présente aux têtes. À Flora et Gilles, un couple de médecins. Elle, faciès en lame de couteau surmonté d’un chignon en tête d’épingle, lui, crâne chauve ovoïde que l’on dirait astiqué à la cire d’abeille. On a dû oublier de le modeler à la naissance ! À Françoise, diplômée d’HEC, directrice d’une agence de publicité, port de déesse sous une cascade de boucles fauves. À Gérard, quinquagénaire bedonnant, face de lune, agrégé de lettres classiques. Enfin à Francis, ingénieur sorti de Centrale, employé dans la boîte de Jacques, le mari d’Anne, sorti lui de la cuisse de son père. Naturellement, ma cousine me place aux côtés de l’ex-centralien. Cheveux gras, oreilles décollées, pas le pied, mon voisin ! Enfin, tous des têtes, a dit Anne ! Elle, c’est le cerveau façon baronne de Rothschild, farci du guide des bons usages. Mais c’est ma cousine que j'aime comme elle est.
On m’ignore pendant l’apéritif, le cocktail maison que je boude car il me met régulièrement la tête à l’envers. Anne attaque avec mes brillantes recherches en statistiques et probabilités. "Barbare ! " diagnostique Gilles, entre deux lampées d’alcool fort. Flora, qui a réussi à mener de front ses études et deux grossesses, soupire : "Après votre thèse, il sera bien tard pour avoir des enfants !" J’ouvre la bouche pour préciser que j’ai encore une sacrée marge avant la quarantaine mais Anne me coupe en annonçant l’entrée : " Des escargots, Margot en raffole." Nom d'une pipe, elle a oublié le mal que j'ai à manipuler les pinces ! Une coquille grasse gicle vers la cravate de Gilles. Une deuxième vers le décolleté de Françoise. Écarlate, je continue… avec les doigts.

Ils ont tous ignoré ma bévue, trop occupés à glousser de rire : Jacques a raconté une blague grivoise, sa spécialité ! Gilles enchaîne avec la sienne. On concourt désormais pour le prix de la plus salée. La tablée s’esclaffe bruyamment jusqu’à l’arrivée du gigot. J’entrevois une accalmie. La conversation rebondit hélas lamentablement sur la qualité des viandes. Françoise exècre le porc, trop gras. " C’est bien pour ça que tu as plaqué ce cochon de Paul " susurre Flora. Gilles confesse sa préférence pour l’agneau. « Parce que tu es un loup », grimace Françoise en découvrant des dents ornées de débris de salade. Je tente une diversion en direction du professeur de lettres. Que pense-t-il du dernier Goncourt ? Sourd à ma question, il hoquète: " Ma  préférence va au veau, parce que je le vaux bien, pas vrai mesdames ? " J’en ai les jambes coupées. Plus le repas avance, plus les joues rougissent, plus les convives se transforment en paillards rabelaisiens. Je reste coite. Anne me sauve la vie, après le café, du moins je le crois.
"Margot adorrrrre notre jardin. Si vous alliez prendre l'air, jeunes gens ?"
Une promenade avec Francis, qui n'a ouvert la bouche que pour bâfrer ? J’accepterais n’importe quoi pour échapper à cette grotesque assemblée.
— Vous n'avez pas apprécié ce repas, n'est-ce pas ? L'inflexion presque tendre me surprend agréablement.
— Pas vraiment !
— Moi non plus ! J'ai du travail en retard et je sens que vous mourez d'envie de rentrer chez vous. Je vous raccompagne ?
Je l'embrasserais presque. On va peut-être trouver quelque chose d’intéressant à se dire.
Un quart d'heure de silence plus tard, la voiture stoppe devant chez moi. L'ingénieux ingénieur m'agresse, bouche en avant, paluches agrippant mes seins. "Pour me remercier de t'avoir ramenée, sois pas bégueule !" La claque magistrale que je lui assène calme ses ardeurs. Mes escarpins vernis à la main, je fuis et grimpe mes trois étages quatre à quatre. J’envoie valser la petite robe noire et saute dans un vieux jogging informe. Installée devant mon ordinateur, je clique sur mon icône statprobas. J'oublie l'enfer de ce dîner de cons !

Par danielle - Publié dans : Quelques textes de mon cru
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