Ces trois textes ont été publiés sur le blog du café littéraire Calipso dans le cadre des Cent jours. J’ai pris énormément de plaisir à les écrire. Entre les deux tours, je fais… relâche !
Texte 1 : Un chanteur sans vergogne… et sans voix a plagié le célèbre succès de Marie-Paule Belle : Je ne suis pas Parisienne
Candidat. Pas candidat ?
Lorsque je suis arrivé en l’an 2007
J’avais farci de promesses toutes vos têtes
Non je ne buvais pas, je ne me droguais pas
Et je n’avais aucun scrupule
À vous monter l’bourrichon, bande de nuls !
Je ne suis qu’un grand menteur
J’ai pas peur j’ai pas peur
J’pratiqu’ l’art du boniment
J’suis content, j’suis content
J’ai tout foiré, tout loupé
J’en suis pas désolé
J’avais promis du travail
Les entreprises se taillent
Je ne suis qu’un grand hâbleur
En tout lieu et à toute heure
Liberté égalité
C’est pas ma tasse de thé
J’ai fait payer les petits
Ménagé les nantis
Je ne suis pas solidaire
La misère ça m’indiffère.
Ça m’indiffère ça m’indiffère
Cela va faire plusieurs mois que j’vous bourre le mou
Que je fais mon tour de France, que je file doux
Je ne bois toujours pas, je ne me drogue pas
Et ne me sens pas honteux
De vous ressortir tous mes plans foireux.
Je ne suis pas candidat
Candidat, candidat
Non, non pas pour le moment
On verra en son temps !
Je vous ressers mes bobards
Je me marre je me marre
Pour réussir mes desseins
Je m’en vais serrer des mains
J’fais mon show à la télé
La télé, la télé
Les étrangers, j’les aim’pas
Et même pas les Hongrois
N’empêche que l’Elysée
Ça m’ fait toujours rêver
Et ma chère épouse itou
Elle aussi y a pris goût
Y a pris goût y a pris goût
Ben oui, j’y pens’ le matin tout en me rasant
J’me dis qu’ces premiers cinq ans sont encourageants
Puisque j’ai tenu le coup et vous ai grugés
Et ai le goût du pouvoir
Sur le trône je ferais tout pour m’rasseoir.
Oui je serai candidat
Candidat, candidat
J’ai l’obsession de l’argent
C’est super motivant !
Je recommence mes promesses
Ma grand-messe, ma grand-messe
L’Europ’j’feins de gouverner
Sur mes talonnettes’perché
Je courtis’la grosse Angie
Stratégie stratégie
J’encens’ le modèle teuton
Il est bon, superbon
J e réfrène mes colères
Faut le faire, faut le faire
Je suis devenu posé
C’est pour mieux vous entuber.
Oui je serai candidat
Candidat candidat
Je vous sors de ma sacoche
Des mesures nouvelle fantoches
Ma chanteuse m’aiguillonne
Me sermonne me sermonne
Si ces élections je rate
Elle se ca se carapate !
Si ces élections je rate
Elle se ca se carapate !
Alors j’vais me démener
Pour battre le Hollandais
Hollandais, Hollandais Hollandais!
Texte2 :
Une histoire d’amour…
Dans son luxueux bureau, un homme de petite taille, long nez, costume et cravate sombres, lit une missive parfumée, sur papier rose bonbon.
Mein liebchen !
Déjà je me languis de toi. Si j’avais pu me douter que les choses évolueraient ainsi entre nous… Nous partageons la même vision du monde, de l’Europe, nous sommes économiquement et politiquement sur la même longueur d’onde et voilà que maintenant nous avons tellement plus à partager… Des moments inoubliables, gut, so gut, trop courts hélas ! Des instants volés entre deux réunions, deux visites officielles. Quand passerons-nous une nuit entière ensemble, liebchen? C’est si bon de te serrer contre moi, de te sentir fragile, abandonné entre mes bras, mein Kind ! Et toi, je le sais, je le sens, tu aimes mes rondeurs qui te rassurent, tu te réchauffes à mes bourrelets, à mon arrière-train confortable. Tu es si fatigué, tu t’épuises en voyages, en passages à la télévision. Moi seule sais te relaxer, éclairer ton visage d’un sourire.
Nous sommes très forts chez nous en matière d’apprentissage, tu le clames toi-même si souvent. Je te l’ai prouvé : je t’ai fait découvrir des caresses coquines, et j’en ai encore plein d’autres à t’apprendre. J’attends notre prochaine rencontre avec impatience. N’oublie pas de faire ta provision de préservatifs taille S : chez nous, les hommes sont costauds, il leur faut du L ou du XL. Toi, ton vermicelle s’y perd !
Je t’avais promis mon soutien. Désormais, ce sont mon soutien et mon amour en prime qui te sont inconditionnellement acquis. Reviens-moi vite, mein schöner französiche zwerg ? Mon corps te réclame.
Ton Ange
Fureur du petit homme qui soliloque et s’agite dans tous les sens.
Non mais ça va pas, la Teutonne ! D’accord, j’ai fait un effort pour que l’Allemagne soit à mes côtés dans ma campagne, j’ai payé de ma personne, mais c’était pas prévu que la vieille tombe amoureuse de moi. Et qu’elle m’écrive des cochonneries par-dessus le marché ! Elle y a pensé, la bouffie, que sa lettre pourrait être communiquée à la presse, diffusée sur internet. Elle est sûre de sa traductrice ? Les gens sont tellement animés de mauvaises intentions à mon égard. Je me demande bien pourquoi d’ailleurs ! J’en suis pas à un mensonge près, mais là, sincèrement, je saurais pas quoi inventer pour démentir la rumeur. Je vais dépêcher mon pote Claude chez la Lorelei –enfin, Lorelei, laissez-moi rire –: diplomate, mon Claude, toujours la bonne phrase en tous lieux en toutes circonstances, il saura prendre ses gueants pour inviter le bibendum à plus de discrétion.
Faut voir ce qu’elle m’écrit ! Que j’apprécie ses rondeurs ? Bon sang, j’en perds le souffle quand elle s’allonge sur moi, j’ai l’impression de passer sous un rouleau compresseur ! Je suis obligé de me murmurer mentalement « Allons enfants de la patrie » pour me donner du courage. Quant à ses recettes coquines, laissez-moi rire une fois de plus ! Un quart d’heure de câlin avec elle, ça vaut une passe rapide à deux euros, et encore…
Pour ce qui est du vermicelle, là, je suis furax ! J’ai eu trois femmes, légitimes, sans parler des quelques autres qui m’ont offert leurs charmes. Jamais une seule plainte sur cette partie de mon anatomie. Je ne suis pas grand, d’accord, les talonnettes y remédient. La Teutonne va pas me coller un autre complexe, sans remède, celui-là ? Me voilà embarqué dans une fichue histoire. Vivement avril ! Je tiendrai jusque-là... pour la France ! Mais dès que je serai réélu, la patate chaude, je lui dis : « Casse-toi, pauvre conne ! »
Texte3 :
Par tous les saints…
Le Roi est furieux. Pas tellement à cause de quelques grands seigneurs de ses provinces qui intriguent pour le détrôner. Ceux-là, il pense pouvoir en faire son affaire. Non, ce qui provoque son ire, c’est un empêcheur de tourner en rond, un grand manipulateur de la populace qu’il ne sait comment museler. Et pour cause ! Jugez donc.
Ces ouvriers qui veulent gagner plus, qui font valoir que leur tâche est pénible et revendiquent le droit de se reposer avant que la Camarde les rattrape, par exemple ? (Est-ce qu’il se repose, lui ?) Qui leur souffle ces idées saugrenues ? Le croirez-vous ? Saint-Dicat !
Ces autres qui se gaussent de ses promesses quand il leur assure qu’il fera tout pour préserver leur outil de travail ? Qui les inspire ? Saint Dicat !
Sans parler de ceux qui ont plaisir à ne rien faire tout en ouvrant la bouche pour recevoir la becquée et qui prennent la mouche quand il veut leur imposer quelques heures de labeur… Encore un coup de Saint-Dicat !
Et tout ce monde-là envahit les rues en brandissant des pancartes qui, le moins qu’on puisse dire, ne sont ni aimables ni respectueuses pour lui. La faute à qui ? A Saint Dicat !
Pire ! On entend dans les campagnes mugir ces féroces paysans. Ils viennent même jusque dans les cités accompagnés de leurs vaches et cochons, agitant eux-aussi leurs méchantes banderoles. Qui les pousse, les encourage ? Saint-Dicat.
Foutu Saint-Dicat qui se met sans cesse en travers de son chemin, à lui, plutôt adorateur de Saint-Ducat.
Les autres ne lui posent pas de problème, pourtant. Au palais, le Roi a sa Sainte Nitouche, qui l’adore et le bichonne. Saint-Claude, nom d’une pipe, Saint-Alain, Sainte-Maurizette sont très coopératifs. Même la petite Bernadette de Lourdes est sortie de sa grotte pour l’assurer de son entière soumission. Mais le meilleur c’est encore Saint-Cop.
Le roi fait le voyage jusqu’à Rome dans son carrosse volant. Peine perdue. Sa Sainteté ne peut, ne veut rien faire. Elle l’exhorte à prier, très humblement.
Au retour, ravalant sa vanité, Sire le Roi s’agenouille, en chemise, les mains jointes et répète sa supplique :
« Mon Dieu, je vous en supplie, ayez pitié de votre serviteur. Par pitié, virez-Saint-Dicat du calendrier. »
Au vingtième couplet, un coup de tonnerre retentit, puis une voix s’élève : « Ce sera fait, mon fils… » Un second coup de tonnerre couvre la fin de la phrase… « à la Saint-Glinglin. »
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