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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 11:52

Elle avait déjà frappé un grand coup avec Les Belges reconnaissants. Avec Le vrai du faux et même pire, son talent s'affirme,elle en donne la pleine mesure. Des personnages à la psychologie bien étudiée, une intrigue complexe dont on ne perd jamais le fil et un style sans faille qui sait mêler poésie et humour. On a plaisir à se déplacer dans le pittoresque quartier de La Pointe à Sète, à y rencontrer des individus truculents comme la vieille Marceline, entre autres, à retrouver Pénélope l’enquêtrice qui ne s’en laisse pas conter.

Si ce n’est déjà fait, amateurs de polars, commandez chez le Caïman, Le vrai du faux et même pire de Martine Nougué : le vrai du faux et même le Meilleur vous attendent !

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 11:28

On ne s’était pas mal débrouillés avec Un Homme de Trôo qui se vend toujours. Une expérience de co-écriture enrichissante. J’avais décidé de mettre un terme à mes velléités de publication et voilà que ce diable de Jean-Noël réussit à me convaincre de remettre le couvert avec lui ! De nouveaux échanges passionnants entre Blois et Saint-Etienne et vice-versa et c’est ainsi que naquit Angelica Corti, roman court à deux voix.
Disponible auprès de la co-autrice avec dédicace(10 euros frais de port compris) et auprès des éditions Le Huchet d’or, sympathique maison au fonctionnement associatif (s’il Angelica n’y figure pas encore, ce ne saurait tarder !)

Laissez-vous guider dans un voyage entre le Loir et Cher, Marseille, l'Italie avec un petit arrêt dans le quartier de Bellevue des années 1968.

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 12:31

Sur  un thème de jeu Ô combien original , ma copie !

En cette fin décembre, votre ventre se tord de trouille à l'idée que vous êtes peut-être le/la prochain/e à partir pour le grand Paradis/Enfer des People comme beaucoup de vos collègues ces temps derniers. Pour comble de malchance, ce matin, les réseaux sociaux ont annoncé votre mort, vous auriez été étranglé/e par une arête de poisson comme si le premier avril avait été avancé juste pour vous déplaire. Effaré/e, vous démentez mais l'on refuse d'accorder foi à vos dires. Vous devenez l'usurpateur/trice de votre propre identité, un vil imposteur.
 

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Sac de nœuds !

Ça faisait déjà une bonne semaine que mon moral avait tendance à rejoindre mes chaussettes.

Déprimer, c’est pourtant pas dans ma nature. Mais allez savoir : la fin de l’année, le froid sibérien et cette avalanche de décès en décembre... Des actrices surtout avec qui je me trouvais des points communs. Morgan la belle : moi aussi j’ai eu ma période splendide. La Reynolds : trois mariages toutes les deux. La Gensac : mon mec aussi me donne du « ma biche » parfois et ça me fait tout chose. Question âge, j’ai encore de la marge mais tout de même... Sans parler de quelques chanteurs et écrivains : je chante pas, mais les scénarios, le roman, j’ai pas mal donné et je veux bien donner encore ! Tout ça m’a fait froid dans le dos. Cerise sur le gâteau, le matin du 27 décembre, ma fille me passe un coup de bigophone, morte de rire : « Mum, accroche-toi ! On annonce ton décès sur Facebook et Cie. Flanby va te faire des funérailles nationales ! »

Ça m’a pas fait marrer du tout ! Un petit coup de remontant et zou, j’ai décidé de réagir. J’ai pas de compte facebook, pas le temps pour ces conneries. J’ai chargé fifille de poster des démentis bien sentis ! J’ai secoué mon attaché de presse. Journaux, radio, télé : on l’a envoyé sur le houx ! Tous avaient des infos précises et de source sûre : je m’étais étranglée avec une arête de poisson en racontant une bonne blague à table. J’avais bien mangé du saumon, la veille, mais sans aucun souci. J’ai pris le téléphone en personne. Dès que je me présentais, soit on me riait au nez : « On nous l’a déjà faite celle-là ! », soit on me faisait la morale : «Quelle honte ! Un peu de respect pour la grande artiste qui va nous manquer ! » et on me raccrochait au pif.

La grande artiste qui va nous manquer ! C’était sympa mais putain d’ours j’allais pas leur manquer puisque j’étais bien vivante ! J’ai fini par douter : j’aurais passé l’arme à gauche à l’insu de mon plein gré ? Je me suis tâtée, regardée dans le miroir: bien en chair, bonnes joues roses, je pétais de santé. N’empêche que les médias se déchaînaient à propos des démentis qu’ils commentaient avec ironie ou indignation. Le Canard enchaîné: « Son dernier gag : elle cause par-delà la tombe ! ! » Les quotidiens : « Une inconnue se fait scandaleusement passer pour l’actrice comique dont l’enterrement est prévu le 31 à 10 h au Père Lachaise. » On se foutait carrément de ma gueule !

Les condoléances affluaient chez mon homme qui, lui, restait de marbre. « Laisse pisser, ma poule ! »

J’ai voulu aller prendre l’air au Parce Montceau ; un ahuri s’est mis à crier : « La voilà, c’est elle l’usurpatrice ! » Un attroupement s’est formé, ils étaient prêts à me lyncher ! Jai réussi à m’enfuir. Manque de pot, les pelouses étaient verglacées. J’ai glissé. Samu, police, la totale. À l’hôpital, ils ont bien été forcés de reconnaître que j’étais la vraie avec mes carte d’identité, de Sécu, de Mutuelle, tout ça bien en ordre. Y avait que ma jambe droite qui était dans le désordre, fracturée en trois endroits. En dépit de la douleur, c’était bon de me faire chouchouter, de recevoir des excuses. Je me suis entendue avec les autorités pour que les démentis officiels soient notifiés aux médias après le 1er janvier 2017. J’avais envie de passer un réveillon bien tranquille en famille. Pour ce qui est de mon vol plané sur la pelouse, on s’est fendu la pêche quand Marilou a décrété : « Tu l’as pas maudit, le gazon, cette fois maman ! »

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 12:06

Le titre en lui-même est intrigant et le reste, péripéties, personnages, est à l’avenant. Intrigant, surprenant, parfois dérangeant, ce sont les qualificatifs qui paraissent le mieux convenir à ce super polar.

Pourquoi ? Parce que le personnage de Sam Scott, tueur en série, possède de multiples facettes. Parce que le lecteur, au fur et à mesure qu’il avance dans la lecture, passe par des émotions diverses, des phases d’interrogation. Malaise et colère devant ce tueur sans morale aucune, indignation devant celui qui méprise le handicap et veut se jouer d’une handicapée.

Est-il foncièrement méchant, irrécupérable ou reste-t-il un fond d’humanité chez ce personnage pour qui tuer relève de l’habitude, de la punition logique de tout ce qui lui déplaît, l’outrage ? (homosexualité, handicap, par exemple ; bien qu’il fasse de curieuses exceptions...) A-t-on raison de s’émouvoir parfois, de laisser échapper un sourire, un rire ?

On apprécie le style, de qualité, varié et ces passages en italique qui interpellent (réflexions intimes du tueur ? éclairage apporté sur sa personnalité ?)

En résumé, un roman qui a le mérite de susciter des questionnements, de faire du lecteur un lecteur actif, « accroché » qui a besoin de quelque temps pour se poser, récupérer en fin de lecture mais garde en tête le souvenir de moments précieux.

Je ne connaissais pas Jof Brigandet : le brigand, il m’a conquise !

Editions du Caïman. Disponible sur le site de la maison ou en librairie.

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 13:04

J'avoue, de toute façon, c'était une évidence, j'ai délaissé ce blog. Trop de choses sur le feu: administration d'un forum, d'un site internet associatif, jeux d'écriture à gauche et à droite, bénévolat très prenant dans un centre social  etc...

Qui a dit que la retraite était une période calme ?

Bref, en 2017, je vais faire un effort pour l'entretenir ce blog et vous tenir au courant de mon actualité: succès, échecs, projets !

En attendant,  heureuse nouvelle année !

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 12:33

Une envie, un cadeau pour les fêtes ? Pour tout achat du duo proposé ci-dessous, j'offre les frais de port.

Toi ma P'tite Folie: prix éditeur 5 euros 50

D'amour et d'Oseille: prix éditeur 4 euros 50

On me joint par l'intermédiaire de ce blog ou par ma page facebook(Danielle Akakpo)

 

Et promis, à partir de janvier, je reprends du temps pour alimenter ce blog qui s'est un peu endormi.

 

 

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 17:46

 

 

Roméo, le coq de la ferme Grenier, laissa échapper un cocorico sans entrain vers 6h 15. Le blues qui s’était récemment emparé de lui le cueillait ce jour-là dès potron -minet.  Il en avait vraiment ras la crête de sa cour de poulettes et rêvait d’expériences nouvelles. Jane la cane faisait justement son jogging matinal. Il tenta quelques effets de plumes à son intention. Que croyez-vous que Jane a fait ? La cane a ri, laissant le coq dépité. Ça commençait mal !

Sans se décourager, il avisa Laura l’oie qui approchait en se dandinant.  Il la jugea très appétissante et le lui souffla à l’oreille. Elle cacarda avec mépris qu’elle lui trouvait mauvais jars. Les poules observaient leur seigneur d’un œil jaloux. Il n’en continua pas moins ses tentatives de séduction, toujours sans grand succès. Impossible de fricoter avec la dinde O’Maron, importée d’Irlande : son mâle lui vola sur la crête et faillit la lui arracher.

Roméo décida que, si la gent à plumes se refusait à lui, il irait voir ailleurs. Une gentille femelle à caresser dans le sens du poil, pourquoi pas ?
Minette se chauffait au soleil, perchée sur la plus haute marche d’une échelle. Il la rejoignit et lui susurra des mots doux. D’un coup de queue, elle l’expédia à terre. L’amour avec une chatte sur un toit brûlant, il pouvait faire une croix dessus. Il fila alors du côté des cages où Lola la lapine lâcha la carotte qu’elle croquait pour lui lancer un clin d’œil coquin qui semblait signifier « Repasse un peu plus tard. » Ragaillardi, il fit quelques tours de cour pour patienter, ignorant les caquetages de son harem abasourdi. Hélas, lorsqu’il se repointa, dressé sur ses ergots, Lola lui avait posé un lapin.
 

Aurait-il plus de chance dans les champs ? Les bêtes y étaient énormes, mais à coq vaillant rien d’impossible. Il grimpa sur le dos d’une chèvre. Elle s’ébroua et bégueta : « Fiche-moi la paix, tu ne vois pas que je bouquine ! » Avec Rosy, la vache, ce fut pis : comme il lui picorait l’arrière-train, elle lâcha un pet vigoureux qui l’envoya balader à cinq mètres. Quant à la brebis, ce fut lui qui renonça, lui trouvant la laine peu fraîche.
 

Toujours gaillard, Maître coq résolut d’aller chercher fortune dans un environnement différent de la ferme.  Un cirque venait de s’installer non loin de là. A la ménagerie, il réussit à se glisser entre deux barreaux pour rejoindre dans sa cage une guenon aux fesses roses en train de s’épouiller. En guise de câlins, elle entreprit de l’épouiller aussi et faillit l’étouffer. Il eut toutes les peines du monde à s’extraire de ses paluches velues. La lionne et la tigresse ouvrirent à sa vue d’énormes gueules gourmandes. Tout bien réfléchi, entre passer l’arme à gauche broyé vif et finir en coq au vin sur une table familiale, il préférait la seconde solution.
 

A la ferme, la rumeur enflait : un démon s’était emparé de Roméo. Non seulement il trompait ses épouses mais il se livrait à d’odieuses pratiques contre nature. Les poulettes, blessées, scandalisées, enrageaient. Lorsque Roméo reparut, fier sur ses ergots, guéri de son blues et bien résolu à reprendre la place qui lui revenait, il trouva ses femelles occupées à se becqueter, se caresser la plume deux par deux, caquetant de plaisir. Il eut beau alterner les mots doux : « Mes Juliette, mes reines, mes amours », les reproches virulents : «  Enfin mesdames, cessez ces jeux immoraux ! » il n’obtint qu’une réponse cinglante, à l ‘unisson : « Va te faire cuire un œuf !

 

 

 

 

 

 

 

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 09:20

Sur le thème de la plume impossible à maîtriser, un petit texte que je me suis régalée à écrire !

 

Mes bien chers frères, mes bien chair sœurs. Une nouvelle année commence et si tous mes vœux vous accompagnent, c’est aussi le moment pour moi de vous inviter à prendre de bonnes résolutions, à revenir à de seins principes.  2015 fut le théâtre d’événements difficiles. Plus que jamais, en 2016, réhabilitons les valeurs de solidarité, de tendresse, d’amour du prochain, d’amour tout court : l’amour est un bouquet de violettes, ce soir cueillons cueillons... Soyez aussi généreux, en faveur de notre église notamment : le sol du chœur sa fesse et la collecte du denier du cul ne suffira pas à couvrir les frais de réparation. La chapelle de la verge Marie est bien mal en point également et nos finances sont presque à sexe. Mais cuisse l’appel que je lance aujourd’hui être entendu et de vous et de quelque pieu mécène.  Enfin n’oublions pas dans nos prières les défunts de l’année écoulée, le jeune Germain qui a succombé récemment dans un accident sur la petite route enlacée des Écrins, Gilles Dubois, de la chorale, dont nous n’entendrons plus le bel orgasme...

L’abbé Rodier se piquait d’offrir chaque dimanche à ses ouailles un sermon de qualité qui lui demandait en général une journée de travail acharné à corriger, améliorer, enrichir son style ; il ambitionnait d’ailleurs d’en faire éditer un recueil. Fort satisfait ce matin-là d’avoir noirci en trois minutes une quinzaine de lignes, il fit une pause pour relire sa prose. Le stylo lui tomba des mains et une sueur froide lui courut dans le dos. Il s’agenouilla devant son bureau :

 « Pardonnez-moi, mon Dieu, pour ces...insanités.  Je l’avoue à ma grande honte, des pensées malsaines se sont emparées de mon esprit depuis que j’ai aperçu la nouvelle bonne des Grandpré qui m’avaient invité pour la Saint-Sylvestre.  Ah ! Seigneur, une superbe blonde qui me faisait admirer son décolleté, m’effleurait de sa croupe chaleureuse en me servant le saumon ou le gigot ! Son souvenir ne me laisse pas de répit, ni de jour, ni de nuit. Et voilà qu’il ensorcelle ma plume. Le Malin s’est glissé en elle et déforme mes propos. »

 Rasséréné après quinze Pater et dix Ave, l’abbé reprit l’écriture de son prêche.

Mes bien chers frères, c’est aujourd’hui dimanche, le premier de la nouvelle année. Un pâle soleil dore la campagne. Alors cet après-midi, jouissez du temps clément, promenez-vous main dans la main avec vos compagnes, soyez tendres, honorez-les d’une caresse, d’un baiser. Oui, jouir, baiser, voilà le secret du bonheur, ce putain de bonheur qui m’est interdit et me condamne à souffrir, les tripes en feu, les sens en délire...

A sa seconde pause-relecture, le pauvre abbé, désespéré, s’effondra en larmes sur sa copie.  Comment lutter contre cette plume diabolique qui débitait des horreurs ? Si quinze Pater et dix Ave n’avaient eu aucun effet, l’affaire était grave.  Il se précipita jusqu’à l ‘église et trempa longuement son stylobille dans l’eau du bénitier en murmurant moult prières. Puis, tremblant, il retourna rédiger.

Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, en ce premier dimanche de la nouvelle année, point de sermon, point de prêche. Je me contenterai de vous présenter à tous mes vœux les plus sincères : une bonne santé, du travail, des succès scolaires pour vos enfants.

« Merci mon Dieu, de m’avoir rendu la maîtrise de ma plume. »

Je vous souhaite donc à tous tout le bonheur du monde et, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, je vous pénis.

 

 

 

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 18:29

La tache lie de vin

Chez Rose Verdier, on dégustait les toasts au foie gras lorsqu’aux dix battements de la vieille horloge succédèrent trois coups frappés à la porte. Les convives sursautèrent et échangèrent des regards étonnés, voire inquiets. Le plus proche voisin résidait à deux kilomètres. Qui pouvait venir troubler cette soirée du 24 décembre ? « Le père Noël », s’écria le petit Loïc, provoquant l’hilarité de son père, Louis, qui, déjà bien éméché, descendit son verre de blanc et lança : « Vu qu’on attend personne, y a qu’à faire la sourde oreille ». Anne, son épouse, le fusilla du regard. Trois nouveaux toc résonnèrent. Anne se dirigea vers l’entrée, rejointe par son frère André, qui emprunta au passage la canne de sa mère. La porte s’ouvrit sur un homme de grande taille, un sac de plastique à la main, qui murmura : « Bonjour, je crève de froid ! » et avança résolument dans la pièce sans que le frère ou la sœur ne s’y oppose. La lumière vive de la salle à manger mit en évidence sa silhouette étique, son pantalon de velours élimé et son pull délavé, sa barbe de plusieurs jours et sa tignasse emmêlée. Curieusement, personne ne trouva rien à dire, à part le jeune Noam, qui chuchota : « Mince de Père Noël, un clodo ! »
Curieusement aussi, Anne et André restaient figés face à l’inconnu, comme obnubilés par son visage émacié et ses yeux bleu acier. Anne lui prit soudain le bras droit et releva la manche du pull : à la vue de la grosse tache lie de vin, au pli du coude, elle et son frère poussèrent le même cri : « Fred !» Rose, leur mère, clopina jusqu’au visiteur et le serra dans ses bras, en larmes : « Je le savais que mon grand reviendrait ! »
Il n’y eut pas d’autres effusions. On installa Fred à table, on lui servit sa part de foie gras qu’on le regarda engloutir sans un mot. Les mêmes réflexions couraient dans tous les esprits : ainsi, il était de retour, l’aîné, l’incontrôlable, « le suppôt de Satan » que le père excédé avait fini par jeter dehors. L’oncle voyageur dont les enfants avaient vaguement entendu parler, qui avait envoyé deux cartes postales du Chili disant qu’il allait bien. Puis plus rien pendant quinze années au point que l’on s’était fait une raison, qu’on le pensait disparu à jamais, en paix, pour se sentir soi-même en paix.
Aux St Jacques, Louis, n’y tenant plus, rompit le silence :
– Bien que pièce rapportée dans la famille, je te souhaite la bienvenue, beau-frère. Bois un coup de champ’. Et raconte, bon dieu : t’étais passé où tout ce temps ?
— Un verre de rouge fera l’affaire. Oh, rien de très glorieux. J’ai cru faire fortune mais il m’est resté juste de quoi regagner l’Europe, et en bateau... »
Avec la dinde vint le récit des affaires qu’il avait tenté de monter sans succès. Comme on servait la bûche, il lâcha sa bombe : « J’ai fait le mort parce que j’avais trop honte. Je viens de passer cinq ans en prison en Italie. Mais j’ai changé, je veux repartir du bon pied si... »
Sa mère le coupa. « Bien sûr que tu vas reprendre ta place à la maison. Mon Dieu, quel beau cadeau de Noël vous m’avez fait ! »
Tout était oublié, même le père mort de chagrin. La famille était réunie. On chanta Il est né le divin enfant devant la crèche avant d’aller au lit. « Tu t’en souviens, mon Fred ! » larmoya la mère
.***
Au chaud sous la couette, le fils prodigue contempla avec satisfaction la tache lie de vin qui ornait son avant-bras et se félicita pour ses talents de maquilleur tout en se promettant de demeurer très prudent.

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 18:23

Et c'est presque une histoire vraie !

 

Jeanne avait chaud et mal aux pieds à force de se perdre dans le labyrinthe des divers rayons de la FNAC. C’était là, avaient dit ses petits-enfants, qu’elle trouverait la totalité des cadeaux inscrits sur leur liste de Noël : BD jeunesse pour Tim, dictionnaire français-italien pour Léa, CD hard metal pour Jim et DVD des Minions pour Andy. La vieille dame avait mis son point d’honneur à se débrouiller seule. Les bras chargés de ses emplettes, alors qu’elle cherchait la direction des caisses, elle échoua par hasard près du rayon informatique. Elle fit une pause, écoutant d’une oreille distraite un vendeur vanter les performances d’un PC portable à un homme dont elle n’apercevait que le dos de l’élégant pardessus en daim. Lorsqu’il se retourna, elle tressaillit et réprima un cri de surprise : rasé de frais, manteau ouvert sur un costume gris, une chemise blanche et une cravate rayée, le Grand sec, beau comme un sou neuf, achetait un PC ! « Je rêve, c’est quelqu’un qui lui ressemble ! » Pourtant, le visage maigre, le grand nez en pique-feu... Ses doutes furent levés lorsqu’il déploya le bras droit dans un geste ample et que le vendeur, étonné mais poli, lui serra la main. Jeanne le suivit de loin, jusqu’à ce qu’il quitte le magasin avec son précieux achat. Elle passa à la caisse, si perturbée qu’elle se trompa deux fois en tapant le code de sa carte bleue. Cette rencontre la travailla longtemps. L’homme en question était un personnage bien connu dans son quartier. Tous les après-midi, il s’adossait à la façade d’un bâtiment de la rue du 11 novembre, entre une boulangerie et une boutique d’antiquaire, vrai capharnaüm où une chatte n’aurait pas trouvé ses petits. Grand et maigre comme un fil de fer, doté d’un nez en lame de couteau, vêtu quel que soit le temps d’un pantalon trop large et d’un pull-over fatigué, il tendait la main aux passants. Jeanne l’apercevait depuis la fenêtre de sa cuisine et passait régulièrement devant lui lorsqu’elle allait acheter son pain. Au début, elle lui glissait une pièce et obtenait en retour une courbette et un merci appuyé. Quand elle s’était aventurée à lui offrir un sandwich et des fruits, il avait laissé tomber le sac à terre avec dédain et fusillé Jeanne du regard. Ce qui l’avait surprise, indignée et finalement guérie de ses velléités charitables : monsieur préférait peut-être du caviar et une boîte de cigares ? On parlait parfois de l’homme chez les commerçants. On l’avait baptisé le Grand sec, on en riait un peu, mais il le cherchait bien : au lieu de s’équiper d’un gobelet comme la plupart de ceux qui faisaient la manche, il s’entêtait à tendre le bras droit largement en avant si bien que les plaisantins, le croyant un peu dérangé, lui serraient la main avec chaleur, ajoutant qui un « Comment ça va ? » qui un « Bonjour, belle journée ! » Il avait en effet disparu vers le 15 décembre et la brave Jeanne s’était réjouie qu’il ait trouvé un abri pour les fêtes. Ce qu’elle était sotte ! Ainsi, on avait affaire à un simulateur, un faux pauvre ? C’était fort de café ! Mais on ne la lui faisait pas, à elle, Jeanne Cartier. Elle garda sa découverte pour elle, ruminant une vengeance au cas où le gredin referait surface. Le Grand sec retrouva son mur courant janvier, en pull et pantalon trop large. Sortant de chez le boulanger, Jeanne déposa dans sa main tendue une clé USB en lui murmurant à l’oreille : « Pour votre PC portable, ça vous sera utile ! »

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